Textualités contemporaines

Comité de pilotage  : Vincent Broqua, Claire Larsonneur, Gwen Le Cor, Arnaud Regnauld

Cet axe regroupent les recherches sur les formes contemporaines de la textualité dans le monde anglophone. Il met en dialogue la littérature, la traduction et la langue de spécialité, et emprunte volontiers à d’autres champs disciplinaires (philosophie, arts, sociologie, linguistique...).

Par « étude des textualités », il faut entendre l’analyse et la critique de corpus textuels, visuels, gestuels, voire oraux, dont l’étude se fait aussi bien selon des méthodes littéraires, traductives et relevant de l’anglais de spécialité, qu’en vertu d’une recherche-action ou recherche-création. Les corpus sur lesquels travaillent les chercheur.e.s du thème, qu’ils soient déjà constitués ou à constituer, s’inscrivent en outre dans un questionnement sur le contemporain et s’attachent tant à ses mutations actuelles qu’à ses généalogies, ses lieux d’émergence et ses points d’ancrage. La notion de contemporain au cœur des travaux du thème est en effet prise dans sa définition philosophique, telle que proposée notamment par Giorgio Agamben, et pas uniquement dans son sens temporel restrictif. Ainsi pour Agamben, « celui qui appartient véritablement à son temps, le vrai contemporain, est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni n’adhère à ses prétentions, et se définit, en ce sens, comme inactuel » (Qu’est- ce que le contemporain ?). C’est dans cette perspective, favorisant l’écart et le déphasage, que le contemporain est pensé et mis à l’épreuve dans les travaux pluridisciplinaires de l’axe.

« Textualités Contemporaines » est donc avant tout un lieu d’expérimentation et de pensée de la textualité qui explore des formes, des modes de production et de diffusion en marge et dans les périphéries. Les travaux du thème s’attachent à la création d’avant-garde et aux néo-avant-gardes, s’intéressent aux formats éditoriaux innovants et à la remédiation des formats existants dans le post-digital, ainsi qu’aux effets de transferts d’un support à un autre, aux objets hybrides et aux textes d’anticipation, aux expressions qui échappent ou cherchent à échapper aux normes. Une attention particulière est portée aux zones liminales où se croisent littérature, philosophie, pratiques artistiques et scientifiques. A l’étude des textualités contemporaines s’ajoute la production d’outils de recherche élaborés à partir des corpus sur lesquels travaillent les chercheur.e.s du thème.

Car sous l’effet (poétique, politique, esthétique, affectif) des nouvelles technologies, des nouveaux modes de diffusion ou, plus largement, des humanités numériques, il apparaît principalement que le « texte » se reconfigure en des formes et des modes de « textualités » labiles, des objets textuels expérimentaux aux contours fluctuants et en proie à des variations constantes : littérature post-digitale, littérature conceptuelle ou verbatim, performance, conférence-performée, écriture-traduction, littérature électronique, blogs, Twittérature... En faire l’étude, l’analyse, la critique, et œuvrer à la pratique et la théorie de leur traduction, exigent donc de mobiliser de nouvelles pratiques critiques, théoriques ou exploratoires, dont certaines utilisent les outils numériques (logiciels de traduction, étude critique du code [critical code studies], exploitation des données...), et dont la plupart se fondent sur l’expérimentation et le décloisonnement des disciplines (traduction-écriture, practice-based research, notions artistiques ou concepts philosophiques utilisés pour l’étude littéraire...), tant dans une perspective synchronique que diachronique. Si le thème est fortement ancré dans les objets et les outils émergents, les chercheur.e.s de « textualités contemporaines » accordent également une place fondamentale aux généalogies, qui permettent de situer ces objets à la fois pour en appréhender la nouveauté et pour apprécier les reconfigurations qu’ils opèrent en retour sur les créations expérimentales historiques (rapport de la littérature conceptuelle aux néo-avant-gardes artistiques, par exemple, ou rapport des textualités numériques aux textualités poétiques historiques qui les précèdent et à l’origine de l’expérimentation en art, ou encore travail sur les retraductions…).